Karim dirige une PME de douze salariés à Nanterre. Sur son bureau, deux devis attendent une décision. Le premier vient d'un loueur de voitures. Le second, d'un fournisseur de vélos.
Il doit choisir avant la fin du mois. Alors il compare vraiment les deux options, chiffres à l'appui.
En clair : la voiture de fonction crée un avantage en nature calculé et soumis à cotisations. Le vélo de fonction, lui, bénéficie d'une tolérance sociale. Les deux avantages ne se valent pas sur le plan fiscal, mais ils ne servent pas non plus les mêmes trajets. Notre guide du vélo de fonction en entreprise détaille le dispositif dans son ensemble ; ici, on compare frontalement les deux véhicules.
La voiture de fonction : un avantage qui coûte cher en cotisations
Sophie, la comptable de Karim, le prévient tout de suite. Une voiture mise à disposition d'un salarié n'est jamais gratuite pour l'entreprise, même sur le papier.
Depuis le 1er février 2025, un nouveau barème s'applique. Pour un véhicule acheté, l'avantage en nature retenu est de 15 % du coût d'achat. C'est le taux pour un véhicule de moins de 5 ans, ou 10 % au-delà. Ce taux grimpe à 20 % (ou 15 % pour un véhicule plus ancien) si l'entreprise paie aussi le carburant.
Pour un véhicule loué, le calcul change encore. L'avantage en nature représente 50 % du coût global annuel : location, entretien, assurance. Il monte à 67 % si le carburant est inclus. Ces taux sont fixés par l'arrêté du 25 février 2025 relatif à l'évaluation des avantages en nature.
Concrètement, cet avantage en nature s'ajoute au salaire brut du collaborateur. Il est soumis à cotisations sociales, comme un complément de rémunération classique. Plus la voiture est chère, plus la note grimpe, pour l'entreprise comme pour le salarié.
Le vélo de fonction : une tolérance sociale, pas une exonération automatique
Changement de décor. Mamadou, employé de Karim, utilise déjà un vélo électrique prêté par un ancien employeur pour aller travailler.
Sur le vélo mis à disposition de façon permanente, le BOSS prévoit une tolérance. Le BOSS, c'est le Bulletin officiel de la Sécurité sociale, opposable aux URSSAF. Cette règle figure à son paragraphe 945, sur les avantages en nature. La valeur de l'avantage qui en résulte peut être négligée. Il faut que la mise à disposition soit permanente et liée aux trajets domicile-travail.
Attention : ce n'est pas une exonération automatique et illimitée. C'est une tolérance encadrée par des conditions précises. Elle ne s'applique pas de la même façon qu'une remise ponctuelle ou un prêt occasionnel.
Résultat concret : pour un usage régulier domicile-travail, le vélo de fonction pèse moins lourd. Il coûte souvent moins cher qu'une voiture équivalente sur la fiche de paie. C'est le point de bascule pour beaucoup d'entreprises franciliennes.
Deux avantages fiscaux, côté employeur
Karim ne pense pas qu'à ses salariés. Il pense aussi à son bilan.
Une entreprise qui met gratuitement une flotte de vélos à disposition de ses salariés peut bénéficier d'une réduction d'impôt. Elle atteint 25 % du prix d'achat ou de location de la flotte, selon l'article 220 undecies A du Code général des impôts. Ce dispositif court jusqu'au 31 décembre 2027. En cas de location, le contrat doit porter sur au moins 3 ans.
Attention à un point précis : cette réduction d'impôt concerne l'achat ou la location des vélos eux-mêmes. Elle ne couvre pas la formation des salariés qui reçoivent ces vélos. C'est pour ça que notre offre de formation des salariés qui reçoivent un vélo de fonction reste à part. Elle vient en complément, jamais comme un poste éligible à cette réduction d'impôt.
Il existe un second levier, valable pour le vélo comme pour d'autres modes doux : le forfait mobilités durables. Il permet à l'employeur de verser jusqu'à 600 euros par an et par salarié, exonérés d'impôt et de cotisations. En cumul avec la prise en charge de l'abonnement transport, ce plafond grimpe. Il atteint 900 euros par an et par bénéficiaire.
Aucun dispositif équivalent n'existe côté voiture. C'est une différence structurelle entre les deux avantages.
Un dispositif à ne plus jamais mentionner : le bonus vélo
Petite précision qui évite un mauvais réflexe. Le bonus vélo et la prime à la conversion pour l'achat d'un vélo n'existent plus. Ces aides, réservées aux particuliers, ont pris fin le 15 février 2025. Elles ne concernaient d'ailleurs pas l'entreprise. Mieux vaut ne pas s'y référer : ce dispositif est supprimé, pas simplement suspendu.
Vélo de fonction ou voiture de fonction : quel choix pour quel usage ?
Karim finit par poser la vraie question à son équipe : qui fait quoi comme trajet ?
Trois profils se dessinent. Céline habite à quinze minutes à vélo du bureau. Thomas fait cinquante kilomètres par jour depuis Meaux, en Seine-et-Marne. Linh partage son temps entre le bureau et des rendez-vous clients à La Défense, en horaires serrés.
Pour Céline, le vélo de fonction coche toutes les cases : coût réduit, pas de carburant, pas de recherche de place. Pour Thomas, la voiture reste souvent incontournable, vu la distance. Pour Linh, tout dépend de la fréquence des déplacements longs.
Le vélo de fonction ne remplace pas systématiquement la voiture. Il la complète, sur les trajets où il a du sens : ville, périphérie proche, distances courtes à moyennes. C'est un accompagnement à la mobilité de vos équipes qui aide à objectiver ce choix. Trajet par trajet, plutôt qu'au doigt mouillé.
Le rôle de la formation dans la réussite du vélo de fonction
Donner un vélo à un salarié qui n'a pas roulé depuis vingt ans ne suffit pas. Marco, dans l'équipe de Karim, a hésité longtemps avant de se lancer, par manque de confiance sur la route.
La formation change beaucoup de choses : prise en main du vélo électrique, gestion du trafic, itinéraires sûrs entre domicile et bureau. Ces quelques heures suffisent pour une vraie adoption du vélo de fonction. Un vélo non utilisé ne fait économiser ni argent ni impôt à personne.
En résumé
La voiture de fonction génère un avantage en nature calculé et cotisable, avec des taux revus depuis le 1er février 2025. Le vélo de fonction bénéficie d'une tolérance sociale conditionnelle. Il ouvre aussi droit à des dispositifs fiscaux dédiés côté employeur : réduction d'impôt flotte et forfait mobilités durables. Le bon choix dépend surtout des trajets réels de vos salariés, pas d'un seul chiffre.
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